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IL nous parle de la Hannana

Jadis, les us et coutumes en Tunisie différaient d'une région à l'autre quant aux préparatifs du mariage surtout pour ce qui concernait la mariée. A Djerba, par exemple, celle-ci s'abstenait de sortir pendant le jour afin que sa peau ne soit pas en contact avec le soleil pour garder toute sa blancheur et sa fraîcheur. Ce, pendant quelque deux ou mêmes trois mois avant le mariage.



IL nous parle de la Hannana
A Tunis, la mariée diminuait également ses déplacements, mais elle sortait de temps à autre, accompagnée des membres de la famille, des femmes pour la plupart, pour acheter ce qui lui manquait pour le jour J.
Toujours est-il que la mariée avait depuis toujours attaché une grande importance à la santé de sa peau.
Une femme a toujours été à ses côtés pour l'aider à avoir une peau lisse et nette, la maquiller et l'habiller le jour du mariage : c'est la Hannana.
Littéralement, ce mot vient du mot Henné : soit la femme qui s'occupe à mettre du henné à la mariée.
Toutefois, son rôle était très important et sa présence primordiale,car il ne s'arrêtait pas à mettre du henné à la mariée uniquement. Elle avait en effet plus d'un tour dans son sac.
Elle était la maquilleuse, l'esthéticienne et également la conseillère de la mariée.
Quelques jours avant le mariage, elle s'occupait à l'épiler à l'aide d'un produit qu'elle fabriquait elle-même à base de sucre et de citron. Ce qui donnait une matière compacte et élastique, de couleur caramel, qu'elle étalait avec une dextérité qui lui était propre, sur la partie du corps à épiler pour la tirer avec le bout des doigts d'un coup sec, mais le plus adroitement et habilement possible, afin d'arracher les poils sans la faire trop souffrir. Elle procédait de la sorte sur toutes les parties du corps de façon à ne laisser aucun poil. La mariée avait ainsi une peau lisse et agréable. Elle lui appliquait par la suite quelques produits « couleur locale » qu'elle fabriquait elle-même à base d'huile d'olive, eau de fleur d'oranger et une espèce de poudre blanche appelée : « Barouk » qui rendait la peau encore « plus blanche que blanche ! ».
Une fois cette tâche accomplie, la Hannana prenait la mariée avec tout un groupe de femmes, au bain maure.
Dans une ambiance de fête, « le bain de la mariée » se faisait dans l'allégresse et la joie. Ce jour-là, le hammam était uniquement réservé à cet effet ; y avait droit seulement celles qui accompagnaient la mariée, soit ses sœurs, ses cousines et toutes ses amies. Sans oublier bien sûr la hannana qui s'occupait spécialement de cette tâche en chargeant les « harza » qui lavaient la mariée et la massaient avec une telle douceur et un tel savoir-faire qui lui procuraient des effets bénéfiques sur tout le corps.
Le hammam terminé, la mariée rentrait chez elle avec les youyous de toutes les femmes qui l'accompagnaient.
Le jour du henné, fêté chez la famille de la mariée, la hannana met du henné sur les mains et les pieds de la mariée, en y ajoutant ensuite, quelques petites décorations sous forme de frises avec du « harkouss » une sorte de pâte noire préparée à base de certaines plantes telles que le « Afs ». Avec une aiguille trempée dans cette pâte obtenue en chauffant ce mélange de plantes et de colorant de façon à mieux la diluer, elle dessine quelques petites frises sur les mains de la mariée, des petits points sur sa joue, qui font comme des grains de beauté.
Le henné est fêté par une soirée où les femmes sont invitées chez la famille de la mariée et où la hannana, munie de son produit magique, applique avec son aiguille quelques grains de beauté à certaines femmes, moyennant une petite rétribution au gré de leur bon cœur. Dans certaines régions, au cours de cette fête du henné appelée « Outya », la mariée, vêtue d'une robe traditionnelle ou « melia » et ornée de bijoux de la tête aux pieds, avec des boucles d'oreilles pesantes des colliers appelées « skhab » et des rihana en broches qui lui couvraient pesamment la poitrine et des kholkhal aux pieds, restait un bon bout de temps les mains levés de façon à exhiber le henné et les dessins du harkous qui y avaient été appliqués savamment par la hannana.
Autant les dessins étaient bien faits, autant cela faisait sa fierté, mais aussi de la bonne publicité.
Ce qui lui procurait une clientèle potentielle parmi ceux qui projetaient de marier leurs filles dans un proche avenir.
Le jour du mariage, la hannana avait un rôle primordial. Elle s'occupait avec la « machta » (celle qui coiffait la mariée) à habiller la mariée et la préparer pour la nuit de noce. Aussi ne la quittait-elle pas d'une semelle.
A la fête du mariage, elle était également là, avec son produit, toujours prête à appliquer des grains de beauté aux femmes qui assistaient à la fête.
En outre, elle ne manquait pas de prodiguer ses conseils à la mariée aussi bien sur sa façon de se comporter ou de marcher que sur les menus gestes traditionnels qu'elle doit observer que ce soit durant la cérémonie du mariage ou lors du moment où elle doit se lever pour accompagner son mari au foyer conjugal, à la clôture de la fête.
En effet, la mariée, sous le contrôle de la hannana qui était attentive à tous ses gestes, devait éviter de se comporter d'une façon frivole et surtout avoir une certaine réserve de façon à ne pas affecter sa pudeur.
Parmi les gestes que la mariée devait observer, toujours sur les conseils de la hannana, c'était de poser légèrement son pied sur celui du marié, lorsque celui-ci venait la chercher à la fin de la cérémonie. Ce geste était pratiqué par superstition afin que la marié puisse, non pas lui marcher sur les pieds, mais avoir toujours le dernier mot. D'aucuns l'interprétaient également comme étant le symbole de la domination du mal en général.
Comme ces croyances, le rôle de la hannana est de nos jours dépassé.
Avec l'existence des salons de coiffure et d'esthéticiennes, la hannana est toujours là pour la parade et le côté pittoresque du décor. Mais elle arrive toujours à mettre du henné pour quelques mariées ou appliquer des points de harkouss.
Articles de Ahmed YOUNES sur letemps.com.tn




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